Hors case

Milou & Co, l’art de Thomas Bonny

Par 19 avril 2019 No Comments

 

Artiste plasticien diplômé de la HEAD Genève après des études entamées à Bruxelles, Thomas Bonny a toujours eu la bande dessinée dans la peau, comme en témoignent quelques tatouages inattendus parmi lesquels un Fritz the Cat sur son bras droit et un Little Nemo sur ses côtes. Il a par ailleurs été co-curateur de « Bang ! », exposition retraçant 40 ans de bande dessinée à Genève, et longtemps travaillé dans une galerie-librairie spécialisée.

 

Au milieu d’une production artistique particulièrement vaste, explorant des pistes multiples ainsi que divers matériaux comme dernièrement la céramique, Thomas a pris le temps de revisiter ses lectures d’enfance en élaborant la série des Milou & Co. Ces œuvres, transversales, comme il les définit lui même, réalisées à même des pages découpées dans les premières éditions en couleurs des Aventures de Tintin, invitent l’œil à un exercice inédit.

 

 

La planche d’origine est là, bien sûr, considérée comme un tout, avec l’unité narrative qui lui est propre, Mais une importante partie de son contenu est dissimulée. Des masses noires, géométriques ou informes, recouvrent de grandes portions de la page. Le visage du héros, notamment, n’apparaît jamais. Ce sont en quelques sortes des Aventures de Tintin sans Tintin. Le texte, quant à lui, est présent dans son intégralité. De même, le découpage des cases reste la plupart du temps visible. Thomas Bonny joue ainsi avec les réflexes du spectateur, coutumier des codes de la bande dessinée, où l’interaction de l’image et du texte engendre le récit. Son intervention intempestive fait dérailler la mécanique narrative convenue.

 

 

Passant de la vision d’ensemble aux détails, le regard du spectateur navigue sur la page, découvrant la complétude du propos. Toutes les pièces de la série sont présentées sur des fonds que Thomas Bonny peint à l’encre. La planche, d’abord décontextualisée, est à nouveau contextualisée. Mais dans un tout autre registre qui amène une dimension picturale. Ces fonds, discrets ou appuyés, sont toujours constitutifs de l’œuvre.

 

La série des Milou & Co évoque, de loin, le travail de Jochen Gerner, qui a lui aussi recouvert de noir des pans entiers de planches d’Hergé. Mais l’intention est totalement différente. Gerner isole des éléments, les met en évidence, révèle une grammaire propre à la bande dessinée. Contrairement à ce dessinateur qui « montre » et donne à réfléchir, Thomas Bonny « cache » et rend possible une expérience narrative et visuelle unique.

 

Milou & Co, p.32 (L’Île Noire, 1966), 2018

Feutre sur page d’album, encre sur papier

40 x 30 cm

 

Milou & Co, p.46 (Tintin au pays de l’or noir, 1969), 2018

Feutre sur page d’album, encre sur papier

40 x 30 cm

 

Milou & Co, p.26 (L’Île Noire, 1966), 2018

Feutre sur page d’album, encre sur papier

40 x 30 cm